RETROUVER LE GOUT DE LA COMPÉTITION
Chevaliers du Lac - Pour commencer, peux-tu te présenter et nous raconter rapidement ton parcours dans le hockey ?
Edouard Dufournet - Bonjour, je m’appelle Edouard Dufournet, mais dans le milieu du hockey, tout le monde m’appelle « Duf » depuis très longtemps !
J’ai 39 ans, j’ai une femme et je suis papa d’un petit garçon de trois ans. J’ai commencé le hockey à l’âge de 4 ans. J’ai fait mon hockey mineur à Angers puis à Rennes, avant de rejoindre le centre de formation de Rouen à 14 ans.
Je suis ensuite passé professionnel avec les Dragons de Rouen, en Ligue Magnus, où j’ai joué pendant quatre ans. C’était en 2005… ça commence à dater ! En 2009, j’ai rejoint Strasbourg, toujours en Ligue Magnus, où je suis resté cinq saisons. Puis, en 2014, j’ai rejoint les Corsaires de Nantes en Division 1, où j’ai évolué pendant huit ans.
C’est d’ailleurs à Nantes que j’ai commencé à anticiper ma reconversion en reprenant des études pour devenir coach sportif indépendant. J’ai ensuite pu lancer mon activité de coach sportif tout en continuant à pratiquer le hockey à Nantes.
Au cours de ma carrière, j’ai également eu la chance de porter le maillot de l’équipe de France en U18 et U20, ainsi que de connaître quelques sélections avec l’équipe de France A.
CDL - Après quatre ans sans jouer, pourquoi as-tu décidé de reprendre le hockey cette saison, et comment se sont passées tes premières semaines de reprise ?
ED - Il y a quatre ans, lorsque j’ai décidé de mettre un terme à ma carrière de hockeyeur, nous avions fait le choix avec ma conjointe de quitter Nantes pour nous rapprocher de ma famille, qui vit à Annecy. C’est une ville que je connais très bien puisque j’y viens depuis mon enfance.
À ce moment-là, nous avions envie d’autre chose et, de mon côté, j’avais vraiment besoin de tourner la page du hockey. Ma conjointe était enceinte et j’avais également beaucoup de choses à reconstruire professionnellement, puisque j’ai dû relancer de zéro mon activité de coach sportif indépendant en arrivant ici.
Malgré tout, je suis toujours resté proche du hockey et j’ai continué à suivre les résultats et l’actualité de ce sport. J’avais déjà hésité à reprendre la saison dernière, mais cet été, l’envie était vraiment là. J’avais besoin d’un nouveau challenge et surtout envie de retrouver le plaisir de jouer.
Il y avait aussi l’envie de retrouver tout ce qui me manquait dans un sport collectif : faire partie d’un groupe, partager des moments avec les coéquipiers, retrouver cette cohésion et cet esprit d’équipe. Ce sont des choses que j’ai connues pendant toute ma carrière et qui sont forcément difficiles à retrouver une fois qu’on arrête.
À 39 ans, j’avais aussi envie de me tester, de voir si les sensations pouvaient revenir après quatre années sans jouer. J’ai aussi eu la chance, grâce à mon métier de coach sportif, de rester actif et de conserver une bonne condition physique pendant toutes ces années. Ça m’a forcément aidé au moment d’envisager un retour sur la glace, même si la condition physique ne remplace évidemment pas le rythme et les sensations propres au hockey.
Quand j’ai contacté Romain cet été, l’idée était avant tout de faire la préparation avec l’équipe et de voir où j’en étais : est-ce que j’étais capable de retrouver mes sensations, de prendre du plaisir, de revenir à un niveau correct et surtout de répondre aux attentes de Romain et de l’équipe ? Parce que quatre ans sans jouer, ce n’est pas rien.
À l’issue de la préparation, nous avons fait le point et nous nous sommes mis d’accord pour démarrer la saison ensemble. Les sensations étaient revenues, le plaisir de jouer aussi, et j’avais réussi à répondre à certaines attentes du coach. C’était donc assez naturel de poursuivre l’aventure.
CDL - Samedi, tu as retrouvé la compétition avec Annecy après quatre ans d’arrêt. Qu’est-ce que ça représentait pour toi de remettre les patins pour un match officiel, et comment as-tu vécu ce retour ?
ED - C’était une super sensation. Les matchs de préparation, c’était déjà très sympa, mais retrouver un match officiel, qui plus est le premier à domicile de la saison, ça a forcément une saveur particulière.
Il y a toute l’ambiance autour du match : la préparation, cette petite tension positive qui monte, l’adrénaline, l’entrée de l’équipe sur la glace… Même des choses toutes simples, comme se placer pour le premier engagement du match, redeviennent vraiment excitantes après quatre ans sans compétition officielle.
Finalement, ce sont plein de petits détails et de sensations propres aux matchs avec un véritable enjeu que j’ai retrouvés avec énormément de plaisir. Et ce qui est assez incroyable après quatre ans d’arrêt, c’est que ces sensations-là, elles n’ont pas changé.
J’ai donc très bien vécu ce retour, sans stress négatif ni pression particulière. J’essaie surtout de profiter de chaque moment et de voir le côté positif des choses. C’est aussi pour ça que je suis revenu : avant tout pour prendre du plaisir, et c’est exactement ce que j’ai ressenti sur ce premier match.
CDL - Et quelques instants plus tard, tu marques ton premier but avec Annecy, qui est aussi le premier but du club cette saison. Qu’est-ce que tu as ressenti au moment où le palet est rentré ?
ED - Oui, effectivement, marquer dès mon premier match officiel, c’est forcément particulier. Mais ce que je retiens avant tout, c’est la victoire de l’équipe et surtout le caractère qu’on a montré. Je trouve que c’est important d’envoyer ce genre de signal dès le début de la saison.
De mon côté, j’ai vécu un petit ascenseur émotionnel ! J’ai d’abord cru marquer en début de match, avant que le but soit finalement refusé. Puis, dans le troisième tiers, il y a ce premier but officiel qui arrive. Au-delà du fait que ce soit mon premier avec Annecy et le premier du club cette saison, c’est surtout un but qui nous fait beaucoup de bien à ce moment-là, qui nous permet d’y croire encore davantage et de continuer à pousser.
Personnellement, ça m’a fait retrouver des émotions que je n’avais pas vécues depuis longtemps : cette joie, les frissons, sentir tout le public derrière nous et voir les coéquipiers venir vers toi pour célébrer… Ce sont des sensations assez difficiles à décrire tant qu’on ne les vit pas.
Et puis aujourd’hui, il y a aussi une dimension différente pour moi. Je suis papa d’un petit garçon et j’ai envie de pouvoir partager ces moments et ces émotions avec lui et avec ma famille.
Ce but m’a aussi conforté dans mon choix. À ce moment-là, je me suis vraiment dit que j’avais fait le bon choix en revenant et que c’était là que j’avais envie d’être. Ce sont exactement ces émotions-là que j’étais venu rechercher en reprenant le hockey.
CDL - Est-ce que ça fait du bien de retrouver un groupe ? Est-ce que tu connaissais déjà certains joueurs avant d’arriver ?
ED - Oui, c’est un vrai plaisir de retrouver un groupe, une équipe et finalement une sorte de seconde famille. Ça faisait clairement partie des choses importantes que j’avais envie de retrouver en reprenant le hockey.
J’étais déjà super heureux de pouvoir participer à toute la préparation avec l’équipe, ainsi qu’au week-end de team building cet été. Ça m’a permis de retrouver cette ambiance de vestiaire, ces moments de partage et cette cohésion qui m’avaient manqué.
Dans l’équipe, il y a bien sûr mon ami Cédric Custosse que je connais depuis plus de vingt ans maintenant. On a joué ensemble à Rouen dans les équipes juniors, puis plus tard à Nantes, et on est toujours restés en contact.
Je connaissais également Raphaël Papa, même si avec lui, on a surtout joué l’un contre l’autre quand il était plus jeune à Grenoble et que j’étais à Rouen.
Pour le reste, je connaissais finalement assez peu de joueurs en arrivant. Il faut dire qu’à 39 ans, quand une bonne partie du vestiaire est dans la vingtaine, c’est assez logique ! Mais justement, ça fait aussi partie du plaisir de cette reprise : découvrir de nouvelles personnes, apprendre à connaître une nouvelle génération de joueurs et réussir à créer des liens avec le groupe.
CDL - Maintenant que tu es officiellement de retour et que tu as débloqué ton compteur, quelles sont tes ambitions pour cette saison ?
ED - C’est vrai que je ne suis pas revenu uniquement pour jouer et m’amuser. Prendre du plaisir, c’est essentiel, surtout après quatre ans d’arrêt, mais je reste un compétiteur et si je suis là, c’est avant tout pour gagner avec l’équipe.
Je trouve qu’il y a un très beau groupe qui a été construit par Romain et le club, et je sens qu’il y a vraiment quelque chose d’intéressant à faire collectivement cette saison. L’idée, c’est d’avancer étape par étape, d’aller chercher de belles et grandes victoires ensemble et de voir jusqu’où on est capables d’aller. Mais la saison est encore longue et on sait qu’il reste beaucoup de travail pour y arriver.
Personnellement, je ne me fixe pas vraiment d’objectif en termes de statistiques. Pour moi, ça reste secondaire. Les points et les buts viennent naturellement quand les performances sont bonnes et qu’on travaille fort sur la glace.
Mon objectif, c’est surtout d’être performant dans la régularité, d’apporter mon expérience au groupe et d’aider l’équipe du mieux possible. Et avec les plus jeunes, j’ai aussi envie de montrer l’exemple, notamment dans l’investissement et l’attitude, en donnant toujours le maximum.
CDL - Et pour finir, un mot pour les supporters ?
ED - Les supporters et le public ont toujours un rôle très important à jouer dans la saison d’une équipe.
Je n’ai pas encore vraiment eu l’occasion de rencontrer les supporters d’Annecy, mais dès les premiers matchs de préparation, et surtout lors de notre premier match de saison régulière, j’ai pu sentir leur présence et entendre leurs encouragements.
Dans les moments où on devait pousser pour aller chercher l’égalisation puis la victoire, on sentait vraiment toute la patinoire derrière nous. C’était très agréable à vivre sur la glace et ça apporte forcément une énergie supplémentaire à l’équipe.
J’espère maintenant qu’on aura une patinoire bien remplie, voire pleine à chaque match, avec une ambiance de folie ! De notre côté, on fera tout pour leur donner envie de venir nous encourager et surtout pour vivre de beaux moments tous ensemble cette saison.



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